Au Maroc, la campagne « BARAKA ! Ensemble contre les violences » mobilise les artistes pour changer les normes sociales qui alimentent la violence.

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En décembre dernier, l’organisation OXFAM Maroc a lancé une vaste campagne contre les stéréotypes du genre, en cherchant à déconstruire les normes sociales qui favorisent la violence en s’appuyant sur l’expression artistique. Lors d’un événement culturel qu’elle a organisé à l’Institut Cervantès de Rabat pour lancer la campagne BARAKA, Winnie Byanyima, directrice exécutive d’Oxfam International, explique ses objectifs au Huffpost Maroc,:

« Il faut comprendre pourquoi cette violence persiste et pourquoi elle est si répandue à travers le monde. Cela touche toutes les ethnicités, toutes les classes sociales, toutes les cultures. A travers le monde 1 milliard de femmes sont victimes de violences, et nous essayons à Oxfam de comprendre quel est le berceau de cette violence.

Il y a acceptation de l’idée qu’un homme est supérieur à la femme, que l’homme doit se montrer dominant et que la femme doit obéir et être dominée. Une acceptation qui est inculquée par la famille, l’éducation, les médias… Nous avons besoin de lois pour protéger les femmes, et souvent, il n’y en pas assez. Nous devons donc nous attaquer à un système de pensée.

Cette campagne a pour but de changer les esprits, et de tacler la construction de la masculinité pour pouvoir ensuite en introduire une plus apaisée et pacifique.  Tout repose sur un traitement égal des femmes. »

Malgré des avancées sensibles au Maroc des lois relatives aux droits des femmes, on constate qu’elles ne sont pas vraiment appliquées, non pas à cause des magistrats, mais à cause de la population elle-même qui considère les violences faites aux femmes comme une banalité du quotidien. L’élan du droit cherche à se mettre en phase avec l’esprit d’égalité des conventions internationales, mais il se heurte aux stéréotypes culturels qui ont la vie dure dans une société très largement patriarcale. Les chiffres attestent de ce triste constat, alors même qu’ils sont en-dessous de la réalité. En effet, entre 2013 et 2014, le Maroc a enregistré une hausse de 8,33 % du taux de violence physique à l’égard des femmes.

D’une manière générale, les lois suivent l’évolution des mentalités et des comportements. Voilà pourquoi OXFAM Maroc intensifie ses actions sur le terrain. Et pour ce faire, l’organisation mobilise les artistes pour atteindre les jeunes, première cible de cette campagne. Toutes les disciplines sont conviées, musique, danse, arts plastiques, théâtre, audiovisuel, etc. Les artistes ont répondu présents en grand nombre et avec enthousiasme. Il s’agit de faire passer les messages qui dérangent de façon créative, ludique et surtout émotionnelle, misant sur le fait que de fortes émotions positives sont capables de changer les modes de pensée face à la violence archaïque ancestrale. Le pari est en soi prometteur et devrait donner des résultats, sachant que la conduite du changement demande d’agir sur le plus grand nombre de personnes concernées ensemble et dans le même temps. Travailler sur les individus pour les amener à déconstruire leurs perceptions traditionnelles, à développer un esprit critique ouvert à la justice, à la différence, à l’humanité en actionnant ces magnifiques leviers de cette déconstruction que sont la culture artistique et l’éducation.

Les grandes campagnes publiques qui font appel à un grand nombre de partenaires solidaires constituent l’un des ressorts majeurs du changement social. La campagne BARAKA ! va s’étaler sur 4 ans, de quoi travailler les esprits sur la durée. Le HuffPost Maroc souligne qu’elle est réalisée avec l’appui financier de l’Agence espagnole de Coopération Internationale et de Développement (AECID), en partenariat avec Mouvement pour la Paix (MPDL), Espace associatif, l’Association ECODEL pour le développement et la Ligue Démocratique des Droits des Femmes (LDDF). Plusieurs collaborateurs marocains et espagnols ont rejoint le projet, parmi eux le ministère de la Culture du Maroc, l’Agence Catalane de Coopération au Développement (ACCD), le Réseau des Associations de Développement (RADEV), l’Association Madinati, l’association Mhashas, l’Association des Femmes Promotrices du Secteur Agricole, l’Association Mains Solidaires et le Forum de femmes.

Oxfam a lancé la campagne BARAKA en Indonésie, en Inde, au Pakistan, au Guatemala, en Afrique du Sud, en Zambie et en Chine. Plus de 30 pays vont également se joindre à cette campagne dans les mois à venir. Il est à noter que dans la région MENA (Moyen-Orient/ Afrique du Nord), le Maroc est le seul pays à avoir souscrit à cette initiative.

 L’union fait la force ! un mouvement de changement des mentalités émerge peu à peu dans le monde.  Chacun de nous peut contribuer à le rendre visible afin d’accompagner les mutations de nos sociétés. L’IFRAV suivra avec beaucoup d’intérêt les résultats de la campagne BARAKA au Maroc, et dans le monde.

Chantal Hincker,psychosociologue, 24 02 2017